LE SILENCE DES VOIX QUI SE SONT TUES : l’Histoire en écho

Au Théâtre des Mathurins, Laurence Bohec signe un seul-en-scène intime et universel, porté par le jeu intense de Christophe Paris. 


C’est une histoire d’honneur, de courage et de pardon. Le récit de vies oubliées, porteuses du “silence des voix qui se sont tues”. Retraçant quatre destins – un résistant, un parachutiste, Charles de Gaulle et le général EisenhowerLaurence Bohec nous plonge au cœur des moments les plus décisifs de la Seconde Guerre mondiale. Ses mots traduisent un engagement profond envers la mémoire, rappelant que “l’oubli n’est pas l’ami de la paix.” Entre extraits sonores, musiques et poèmes, le public se trouve enveloppé d’une atmosphère palpitante. Il n’en saisit que plus vivement ces vers d’Éluard, dispersés dans le ciel de la France occupée :

Sur le sable, sur la neige, j’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer : LIBERTÉ.

LE POIDS DES SILENCES

Rommel, Laval, Pétain, simple soldat américain… Au plateau, Christophe Paris incarne une dizaine de personnages, tous maillons d’une chaîne où se mêlent espoir, audace, effroi tragique et dépassement des limites. Des maquis à Londres, il nous embarque dans le bruit des obus, la drop zone, sa carlingue liftant les balles traçantes.

Jouant à merveille de son regard, l’acteur bouleverse par sa présence : la tension se crée dans les silences, les respirations, la manière dont il fait entendre le tumulte des bombes et le bruissement des criquets. On note cependant un travail vocal perfectible ; les changements d’accents ou de tessitures manquent de contraste selon les protagonistes, rendant parfois les transitions un peu uniformes. Mais l’intensité émotionnelle de la performance compense ce défaut. 

“Vous savez, j’ai écrit à un ami en 1928 : Dans quelques années, on s’accrochera à mes basques pour sauver la patrie !”
Général de Gaulle

Sur scène, un décor minimaliste. Vestes, casques, caisses deviennent autant d’accessoires dont Christophe se sert au fil du récit, soutenant un rythme dynamique. En toile de fond, projections d’archives et aquarelles animées, réalisées par Pierre-Louis Chardon, apportent une dimension visuelle poétique. Cette mise en scène astucieuse, également de Laurence Bohec, accentue l’effet “voyage dans le temps”, bousculant le spectateur jusqu’au bout du raid

Le silence des voix qui se sont tues ne cherche pas à reconstituer l’Histoire, mais à la faire résonner. On sort des Mathurins avec le sentiment d’entendre, derrière le fracas des armes, quelque chose de plus fragile et de plus essentiel : l’écho du souvenir

Le silence des voix qui se sont tues
Théâtre des Mathurins
Mise en scène de Laurence Bohec
Jusqu’au 29 avril 2026



En savoir plus sur Nom d'une plume !

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire