Grandir, aimer, perdre, vieillir. D’une voix à l’autre, La Métamorphose explore les bouleversements jalonnant notre existence. Un spectacle d’une grande délicatesse sur ce qui, silencieusement, nous transforme.
Qu’est-ce que grandir ? “Vaste question… Tu ratisses large !” Pour répondre à cette énigme, Bertille Mirallié a mené l’enquête auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes de tous âges et de tous horizons. Au fil des interviews, ils lui ont confié leurs souvenirs, leurs doutes, leurs joies, leurs blessures. Fragments de vie qui, mis bout à bout, forment La Métamorphose, pièce particulière dans laquelle les comédiens, équipés d’oreillettes, incarnent ces témoignages. C’est le théâtre verbatim, un genre “documentaire” repris des anglos-saxons.
Le dispositif pourrait n’être qu’un exercice de style. Une récitation améliorée. Mesdames, messieurs, rassurez-vous : très vite, les acteurs s’effacent, laissant place à Côme, 5 ans, Azzedine, 54 ans, Josiane, 94 ans, et bien d’autres encore. Loin de toute imitation, encore moins de caricature, chacun s’approprie ces existences qui ne sont pas les leurs. Florilège d’instants entremêlés, imbriqués jusqu’à former une boucle spatio-temporelle où la compagnie Sept heures d’avance se promène allègrement.
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Oubliez l’intrigue, les schémas classiques. Il n’y a ici pas d’autre fil rouge que le temps. Pas d’autre but que d’observer sa besogne ; celle agissant en et hors de nous, tandis que les jours, les mois, les années tracent leur route.
D’âge en âge, les timbres se modifient – excellent Gaspard de Soultrait dans ses intonations enfantines – les appuis changent, les épaules s’arrondissent, les souffles se raccourcissent. Ici, Victoria Szczucki se prostre, rentre la tête, voûte son dos, ralentissant imperceptiblement le mouvement. Malgré ses couettes, l’effet est immédiat, sidérant. Instantanément, la jeune femme prend 40 ans dans les dents. Là, Bertille Mirallié et Théo Dachary dansent La Vie en rose : leurs deux corps prennent des allures fragiles, empêchées, fatiguées… Ils avancent à petits, tout petits pas, se relèvent peu à peu, comme par miracle, puis s’enlacent. Histoire éternelle d’un amour, d’une jeunesse passée. Sans un mot, leur valse raconte ce que le temps fait à la chaire, autant qu’aux souvenirs.
QUAND LA PAROLE DEVIENT MATIÈRE VIVANTE
Au plateau, cinq chaises d’école composent le décor. Lumières, musiques choisies et machine à fumée créent l’ambiance. Habillés d’un jean et d’une chemise réversible flashy, les comédiens courent, se croisent, se figent, se répondent, occupant pleinement l’espace. Lorsque les mots s’interrompent, les chorégraphies imaginées par Pauline Artus-Schaller prennent le relais.
Ces séquences dansées, parfois traversées d’une énergie rappelant le haka, alternent tableaux vivants, enjambées, figures frénétiques, arrêts sur image… Elles déplacent le regard, relancent le tempo, changent la scène en zone mouvante où, dans un parfait accord, le langage oral se mêle à celui des corps. L’écoute entre les acteurs est folle, merveilleuse. Rythme, mimiques, gestuelle, tonicité du geste, de la respiration, des silences… Tout y est, bluffant de justesse.
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Lola, 8 ans
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L’émotion naît d’un rien, détails en apparence insignifiants : ces coquillettes au jambon, madeleine de Proust des dîners d’enfance ; une grand-mère qu’on n’a pas eu le temps de revoir ; le décès d’un frère protecteur ; les jalousies et tensions de l’adolescence… Autant d’anecdotes minuscules qui, assemblées, font parfois rire, souvent pleurer, mais nous racontent tous un peu.
Voilà la force de La Métamorphose : son refus du spectaculaire. Rien n’y est extraordinaire, et c’est ce qui rend son propos si précieux. Par les voix d’inconnus, Bertille Mirallié nous rappelle que les grandes bascules se cachent souvent dans des instants anodins, ceux que l’on croit banals… Avant qu’ils ne deviennent les jalons de toute une vie.
Rarement un spectacle aura donné une telle poésie à l’ordinaire. Sans céder au pathos, la pièce regarde le temps passer avec une infinie tendresse. Et nous renvoie, presque malgré nous, à nos propres métamorphoses.
La Métamorphose
La Factory – Salle Tomasi
Mise en scène de Bertille Mirallié
Jusqu’au 25 juillet 2026

RÉSUMÉ
Qu’est-ce que grandir ?
Quand a-t-on cessé d’être un enfant ?
Est-ce que grandir veut forcément dire vieillir ?
Première pièce de théâtre Verbatim en France, La Métamorphose a été créée exclusivement à partir d’interviews recueillies auprès de personnes de 5 à 98 ans autour d’une même question : qu’est-ce que grandir ?
Sur scène, les comédiens portent des écouteurs dans lesquels sont diffusés les extraits originaux des témoignages. Ils deviennent alors le canal vivant de ces paroles : la voix, le souffle, les silences se transmettent au public dans toute leur authenticité.
D’une voix à l’autre, d’un âge à l’autre, le spectacle traverse les souvenirs anecdotiques comme profonds, la sexualité, la parentalité, la maladie, le deuil… Ces fragments de vie offrent un voyage à travers tous les âges et nous invitent à contempler cette métamorphose qui nous unit tous et toutes.
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